Tu le savais, la dernière fois que nous avons dit “à bientôt”. Je le savais aussi: “bientôt” serait un plic-ploc de jours sans compte, une vague façon de te dire que ça irait bien, que la vie continuerait en ton absence.
Cette déchirure était prévisible. Prévisible et inévitable. En te rencontrant, si entière, si vraie, je me demandais qu’est ce qui pourrait aller mal? Même mes chiens -sévères juges de caractère- t’ont accordé leur confiance. Ta présence discrète faisait disparaître les traces de l’érosion, les signes des choses non désirées, laissant à leur place un essaim de lumens.
C’est pour ton bien, je le sais, cette absence. Quel égoïsme que le mien, sachant que si tu n’es pas là, c’est pour soigner les séquelles de ta vie de guerrière.
Je m’étais préparée à ces premiers jours. Tout irait bien, j’organiserais mes jours pour moins remarquer ton absence, me disais-je. Je saurais affronter le chaos, l’usure et la détérioration qui se glissent par dessous la porte.
Tout effort est absurde. Aujourd’hui je me suis rendue compte que les draps sont sales, que la poussière forme de petits lapins qui vont se cacher sous le lit, qu’un anneau gris couronne le lavabo.
Reviens-moi vite, ma chère aide. Je ne peux pas faire le ménage toute seule. Je déprime à l’idée de passer l’aspirateur et je ne sais pas manier la serpillère.